L’heure des comptes semestriels est arrivée pour Free et c’est avec un plaisir non dissimulé que le premier opérateur alternatif français a convoqué la presse dans un hôtel parisien "de plus en plus beau, et où on mange de mieux en mieux, chaque année" aux dires de son jovial fondateur Xavier Niel.
Et il faut dire que les sujets de réjouissance étaient assez nombreux avec le rachat triomphal d’Alice, des chiffres semestriels en forte hausse et un positionnement de "trublion" de l’Internet français, voire mondial, toujours en hausse. Iliad est atypique sur le marché, et son charismatique représentant s’y sent fort à l’aise.
Quand Xavier Niel ne laisse que des miettes à ses dirigeants
La maîtrise opérationnelle et règlementaire de Maxime Lombardini, le Directeur Général, sur la fibre optique et les tractations en coulisse pour l’offre mobile, et la facilité avec laquelle Thomas Raynaud, le directeur financier, présentait et jonglait avec les chiffres de l’entreprise, contrastait avec la combativité, le verbe fort et le ton décalé du fondateur, suscitant quelques sourires de la salle.
Ainsi la stratégie de l’opérateur historique sur le foot a été qualifiée "de voyou" voire "illégale" et assimilée à de la vente liée ironisant sur le fait qu’il faudrait peut être un jour regarder le foot "sur une télévision Orange avec l’électricité produite par Orange Energie". Par ailleurs, la volonté d’Iliad d’investir le créneau de la téléphonie mobile fût présentée comme une opportunité "d’augmenter le pouvoir d’achat des français" ne nécessitant plus que l’accord politique.
Quand à sa signature controversée du rapport Olivennes sur la création numérique et le piratage, le président d’Iliad se lâche et affirme qu’elle s’est faite "au bas d’une page blanche – personne ne savait ce qu’il signait". Xavier Niel enfonçait le clou en indiquant que le projet de loi HADOPI était une "mauvaise loi pour les français" et que Free ne filtrerait le trafic qu’en cas d’exigence des tribunaux et n’effectuerait aucun test en ce sens. Questionné, il refusa d’affirmer tout de même qu’il aurait été trompé par une ministre : "ce sont nos représentants, on ne peut pas être trompé par un ministre quand même" affirmait-il avec un sourire en coin. La stratégie en décalage, agrémentée de franc parler, de Free continue son petit bonhomme de chemin.
On l’a compris, ce seront bien plus les sujets d’actualité de l’Internet qui ont occupé le devant de la scène. Pourtant c’était une conférence de presse pour présenter des résultats financiers. Sur ce plan, la présentation fût sobre, et les finances semblent au beau fixe avec une croissance forte (21% d’augmentation du chiffre d’affaire à 692.2 M€ et 19% de progression du nombre d’abonnés en un an) et une rentabilité historique (27,5% de hausse du résultat net s’établissant à 82,9 M€) et ceci à périmètre constant, sans intégration d’Alice. Les revenus par abonné (ARPU) augmentent sensiblement grâce à la part toujours croissante des services annexes (téléphonie, vidéo…) atteignant 36.3€ par abonné et permettant à Free de s’afficher comme un véritable opérateur "triple play" puisque 25% de ses revenus proviennent désormais des services, hors accès.
Quid d’Alice alors ?
Largement questionnés, les dirigeants de Free étaient visiblement briefés sur un discours commun et n’ont lâché que très peu d’informations sur la stratégie à venir. Ainsi Alice conserve sa marque, la spécificité de ses offres et ses équipes, même si certains "doublons" sont évidents et devront être traités. Il y aura donc co-existence des offres des deux opérateurs.
Le chantier principal de Free sera de rentabiliser l’opérateur. Pour cela, il compte bien profiter de son expérience de dégroupage et de ses NRA pour augmenter le taux de dégroupage des abonnés Alice actuellement à 45% (contre 84% pour Free) et profiter d’économies d’échelle sur ses investissements matériels.
Avec désormais 4M d’abonnés, Free redevient le premier opérateur alternatif français (25,5% de part de marché) et prend "deux ans d’avance" sur son tableau de marche pour un prix extrêmement compétitif évalué à moins de 410 M€ pour 850,000 abonnés selon Thomas Raynaud, après déduction des crédit d’impôts et de la trésorerie d’Alice. L’objectif réactualisé du groupe est d’atteindre les 5 millions d’abonnés à l’horizon 2011.
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